Bouturer des bambous : la division des rhizomes reste la méthode la plus fiable

Bouturer des bambous : la division des rhizomes reste la méthode la plus fiable

Bouturer des bambous ne veut pas dire la même chose selon la plante. Pour un vrai bambou de jardin, couper une canne et la planter en terre ne suffit presque jamais. La méthode fiable passe le plus souvent par les rhizomes ou la souche, avec une technique différente selon que le bambou est traçant, non traçant ou tropical.

Avant de couper : vrai bambou, faux bambou ou bambou tropical ?

Le mot “bambou” désigne des plantes très différentes. Les vrais bambous sont des graminées ligneuses qui se développent grâce à des rhizomes souterrains. Ce sont eux, bien plus que les chaumes visibles, qui permettent de multiplier la plante avec de bonnes chances de reprise.

Vérifier ses repères sur le bouturage des bambous

À l’inverse, certaines plantes appelées bambous n’en sont pas vraiment. Le lucky bambou, souvent cultivé dans l’eau, est un Dracaena. Le bégonia bambou est un bégonia à tiges dressées. Le bambou sacré, ou Nandina, appartient encore à un autre groupe botanique. Ces plantes se bouturent souvent plus facilement par tige ou dans l’eau.

Le critère décisif : ce qui se passe sous terre

Un bambou traçant, comme certains Phyllostachys, produit des rhizomes allongés qui s’éloignent du pied mère. Il peut donc être multiplié en prélevant un morceau de rhizome muni de racines et de bourgeons. Un bambou non traçant, comme le Fargesia, pousse en touffe compacte. On le multiplie plutôt par division de la souche.

Avant de sortir la bêche, observez la forme de la plante. Une touffe serrée indique souvent un bambou cespiteux, plus délicat à diviser mais moins envahissant. Des cannes qui apparaissent à distance du pied mère signalent un bambou traçant, plus simple à prélever, mais à contenir avec une barrière anti-rhizomes si nécessaire.

Choisir la bonne méthode en un coup d’œil

Le tableau suivant aide à éviter l’erreur la plus fréquente, à savoir tenter une bouture de chaume sur un bambou de jardin classique, alors que la multiplication doit passer par la partie souterraine.

Bouturer bambous : schéma des rhizomes, de la division de souche et de la bouture de tige selon le type de plante
Bouturer bambous : schéma des rhizomes, de la division de souche et de la bouture de tige selon le type de plante
Type de plante Méthode recommandée Période favorable Difficulté
Bambou traçant Division de rhizomes avec racines et bourgeons Fin d’hiver, mars ou début du printemps Modérée
Bambou non traçant, type Fargesia Division de souche en 2 ou 3 parties Printemps ou automne doux Plus délicate
Bambous tropicaux, type Bambusa ou Dendrocalamus Bouturage de tige possible selon l’espèce Période chaude, autour de 20 °C Variable
Lucky bambou Bouture dans l’eau Toute période en intérieur lumineux Facile
Bégonia bambou Bouture de tige dans l’eau ou en terreau Printemps ou fin d’été Facile

Pensez à cette étape comme à un tamis. Le feuillage, la hauteur ou l’aspect décoratif séduisent l’œil, mais ils renseignent mal sur la méthode de multiplication. Ce qu’il faut vérifier, c’est la présence de rhizomes traçants, d’une souche compacte, de nœuds capables d’émettre des racines ou d’une tige adaptée à l’eau. Cette lecture évite de gaspiller une belle canne coupée qui ne reprendra pas, tout en orientant l’effort vers la partie réellement vivante.

Multiplier un vrai bambou : les gestes qui donnent une reprise solide

Pour un bambou traçant : prélever un rhizome vivant

Choisissez un pied mère bien installé, idéalement âgé d’au moins 3 ans. Repérez une jeune canne ou une zone périphérique où le rhizome est actif. Avec une bêche bien affûtée, dégagez la terre sur environ 25 cm de profondeur, puis prélevez un tronçon de rhizome portant des racines et, si possible, un ou plusieurs bourgeons nodaux.

Sectionnez proprement avec un sécateur solide ou une scie désinfectée. Replantez rapidement le fragment dans un pot profond ou directement en pleine terre, dans un sol ameubli, enrichi de compost et bien drainant. Tassez légèrement pour mettre les racines en contact avec le substrat, puis arrosez abondamment sans détremper.

Si la variété est vigoureuse ou réputée invasive, profitez de la plantation pour anticiper son expansion. Une barrière anti-rhizomes posée correctement limite les départs incontrôlés et évite que la multiplication ne devienne un problème deux ans plus tard.

Pour un bambou non traçant : diviser la souche sans l’épuiser

Les bambous non traçants forment une masse racinaire dense, parfois difficile à séparer. La division consiste à extraire une partie de la touffe, puis à la couper en 2 ou 3 parties suffisamment fortes. Chaque éclat doit conserver des racines, des bourgeons et quelques chaumes. Évitez les morceaux trop petits, car ils sèchent vite et reprennent mal.

Rabattez une partie du feuillage ou réduisez les cannes trop hautes pour limiter l’évaporation. Sur une variété pouvant atteindre 6 à 8 m de haut, cette réduction est particulièrement utile après transplantation. Pour un bambou nain ou compact autour de 1,50 m, l’opération reste plus maniable, mais l’arrosage de reprise demeure essentiel.

Cas particuliers : bouturer une tige ou un bambou d’intérieur

Bambusa et Dendrocalamus : une bouture de tige possible, mais exigeante

Certains bambous tropicaux, notamment des Bambusa ou Dendrocalamus, peuvent se multiplier par bouturage de tige. Le principe consiste à prélever un segment comprenant des nœuds, car c’est à ce niveau que peuvent apparaître de nouvelles racines ou pousses. Cette méthode demande de la chaleur, une humidité stable et un substrat très drainant.

Installez les segments dans un terreau spécial bouturage ou un mélange léger, maintenu humide sans excès. Une mise à l’étouffée, avec film plastique ou petite serre à semis, peut aider à conserver une atmosphère régulière. Autour de 20 °C, l’enracinement peut prendre 4 à 6 semaines, parfois davantage selon la vigueur du prélèvement.

Lucky bambou et bégonia bambou : la bouture dans l’eau

Pour un lucky bambou, coupez une tige saine sous un nœud, placez-la dans un verre ou un bocal en verre transparent, puis changez l’eau régulièrement. Installez le récipient en lumière vive, sans soleil direct. Dès que les racines sont bien visibles, vous pouvez conserver la plante dans l’eau ou la repiquer dans un pot avec un terreau léger.

Le bégonia bambou se bouture lui aussi très bien à partir d’une tige. Prélevez un morceau d’environ 10 cm de longueur, supprimez les feuilles du bas et placez la bouture dans l’eau ou dans un terreau humide. Les racines apparaissent en général au bout de quelques semaines si la température est douce et l’humidité stable.

Période, arrosage et erreurs qui font échouer la multiplication

La meilleure période pour intervenir sur un vrai bambou se situe souvent en fin d’hiver ou au printemps, avant la pleine reprise de croissance. Mars est une fenêtre courante lorsque le sol n’est plus gelé. L’automne peut convenir dans les régions douces, à condition que la plante ait le temps de s’ancrer avant les froids. Pour certains travaux en pot ou pour les boutures d’intérieur, la fin d’été et septembre restent également favorables.

Soigner les premières semaines après plantation

Après division, le bambou doit refaire un équilibre entre racines et feuillage. Arrosez régulièrement, surtout les premières semaines, mais laissez le substrat respirer. Un sol gorgé d’eau favorise la pourriture, tandis qu’un sol sec bloque la reprise. Un paillage au pied aide à conserver l’humidité, limite les variations de température et protège les jeunes rhizomes.

En pot, choisissez un contenant assez large et stable, percé au fond. Ajoutez une couche drainante si nécessaire, puis un mélange de terreau, compost mûr et terre de jardin légère. Placez le pot à l’abri du vent desséchant et du soleil brûlant le temps que la plante reparte.

Les erreurs à éviter absolument

  • Couper une canne de vrai bambou et l’enfoncer en terre sans rhizome : la reprise est très improbable.
  • Prélever un éclat trop petit, sans racines ni bourgeons visibles.
  • Diviser une plante trop jeune ou affaiblie, surtout si elle a moins de 3 ans.
  • Oublier la barrière anti-rhizomes avec un bambou traçant vigoureux.
  • Installer une bouture d’intérieur en plein soleil direct, ce qui déshydrate les tissus.
  • Détremper le substrat en pensant accélérer l’enracinement.

En résumé, réussir à bouturer des bambous demande surtout de ne pas appliquer une seule recette à toutes les plantes. Pour les vrais bambous, misez sur la division des rhizomes ou de la souche. Pour les faux bambous et certains tropicaux, la bouture de tige ou dans l’eau devient pertinente. Le bon diagnostic au départ fait gagner du temps, protège le pied mère et augmente nettement les chances d’obtenir un nouveau plant vigoureux.

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